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L’ordonnance numérique se fait attendre

illustration de l'ordonnance numérique en pharmacie

Obligatoire depuis le 1er janvier 2025, l’ordonnance numérique reste pourtant encore relativement rare dans nos pharmacies. Dotée de bien des qualités, elle semble demander plus de temps, et de la clarté, pour être véritablement adoptée.

Sur le papier, l’ordonnance numérique présente bien des avantages. En passant de l’imprimé au digital, elle facilite notamment les échanges d’informations entre les professionnels de santé. L’action du prescripteur et du pharmacien y gagne en coordination. “L’ordonnance numérique, pensée dans le cadre du SEGUR de la santé, est là pour structurer l’information, permettre le partage de données entre professionnels de santé mais aussi avec le patient”, confirme Laurent Vanbergue, pharmacien directeur général d’Isipharm.

Un volet sécuritaire

Bien qu’elle n’ait pas été conçue pour cela, l’ordonnance numérique permet également de lutter contre la fraude. Elle assure une authenticité de la prescription indéniable et protège des multi-usages, notamment avec le dernier volet numérique du SEGUR. Celui-ci prévoit de fait un enregistrement immédiat des produits délivrés sur les serveurs de la CNAM. “Le premier volet n’allait pas aussi loin, explique Laurent Vanbergue. Si les pharmaciens attendaient la fin de journée pour faire leur appel de fonds, les ordonnances traitées dans la journée n’étaient enregistrées qu’à ce moment-là. Thomas Fatome, le directeur général de la CNAM, a voulu mettre en place très rapidement le troisième volet pour que la délivrance de l’ordonnance soit validée dès facturation”.

Les services de LEO

La dématérialisation des ordonnances permet par ailleurs de profiter de nouveaux services grâce aux logiciels de gestion officinale qui les traitent. LEO d’Isipharm vient ainsi seconder le pharmacien confronté à une ordonnance numérique. Entre autres services, “le logiciel lui propose directement les bonnes substitutions possibles. Cela paraît évident comme ça mais, la plupart du temps, le pharmacien ira chercher les produits inscrits sur l’ordonnance. Il n’a pas forcément le réflexe de la substitution. En affichant directement une liste de biosimilaire, LEO provoque ce réflexe. Le pharmacien n’a plus alors qu’à sélectionner celui avec les bons critères”.

Il a dans le même temps accès à des propositions de délivrance qui prennent en considération l’état des stocks, les dates de péremption ou bien encore des habitudes du patient.

…et de LEO Ordo+

D’autres fonctionnalités sont encore à prévoir avec LEO Ordo+, une option pensée avec les utilisateurs eux-mêmes ! “Une bonne quinzaine de clients nous ont aidé à la bâtir. Nous avons réuni des pharmaciens de tout type, exerçant à la campagne et en ville, à la tête de pharmacies de différentes tailles, équipées ou non d’automate. Toute cette diversité d’avis nous a permis de construire un outil apte à répondre aux attentes des pharmaciens”, assure Laurent Vanbergue. La prochaine évolution verra un jumelage avec LEOtonome, l’outil qui permet de passer des commandes automatiquement. “Lorsqu’un produit n’est pas ou plus disponible, LEOordo+ va chercher la meilleure alternative pour remplacer le produit ou effectuer une nouvelle commande”.

S’il ne fait pas de doute que l’ordonnance numérique offre de belles perspectives, il semble bien qu’elle soit pourtant loin d’être entrée dans les habitudes de tous. Officiellement obligatoire depuis le 1er janvier 2025, on la voit encore finalement assez peu franchir les portes des officines. Tout était prêt pourtant. “L’intégralité des pharmacies équipées du logiciel LEO sont en mesure de prendre en charge les ordonnances numériques depuis 2023 en réalité, précise David Derisbourg, responsable marketing d’Isipharm. Nous avons respecté le délai imposé par la CNAM pour permettre une prise en charge efficace de ces ordonnances numériques. Mais encore faut-il en avoir”.

Une rareté problématique

Voilà le nœud du problème. “Les pharmaciens en voient très peu. Les derniers chiffres donnés par la CPAM font état de quelque 5 millions d’ordonnances numériques prescrites en juin. Il faut comparer ce chiffre avec le nombre d’ordonnances qui circulent dans le même temps et qui se monte à des dizaines de millions”.

Sans e-prescriptions, les pharmaciens auront bien du mal à intervenir. Tenus de changer leur mode de prescription en faveur du digital, les médecins ne craignent pour autant aucune sanction en cas de manquement et ne peuvent espérer aucune gratification pour ce type de prescription.

Cette rareté d’ordonnances numériques pose de réels soucis dans l’accompagnement des pharmaciens dans ce processus. De fait, “ils peinent à s’accaparer ce dossier quand, après avoir été formés, ils ne peuvent s’y confronter au quotidien. Quand vous avez seulement une ordonnance sur vingt ou sur trente qui soit numérique, il est plus difficile de changer vos habitudes, constate Laurent Vanbergue. Vous pouvez même passer à côté. Les pharmaciens s’occupent avant tout de leur patient. La délivrance se fait plus mécaniquement. On prend l’ordonnance, on va chercher les produits dans le back-office, on les scanne sans même voir le code-barre en bas du papier”. Difficile d’être attentif à ce genre de détails quand on ne les rencontre que par trop épisodiquement. 

Trop de flou

La difficulté supplémentaire pour les pharmaciens est qu’à la différence des médecins qui réalisent un exercice individuel, ils dirigent toute une équipe. Les habitudes de chacun doivent changer et “il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour que les choses se fassent. Dans certaines équipes, on travaille d’une certaine manière depuis des années ou des dizaines d’années. Il est facile de comprendre que tant que les ordonnances numériques demeurent à la marge, les pharmaciens peinent à trouver la motivation pour tout bousculer”.

Le flou quant aux exigences des autorités représente le dernier frein à l’expansion de l’ordonnance numérique. “Le cahier des charges ne cesse d’être bouleversé, regrette Laurent Vanbergue. On retire des exigences, on en complexifie d’autres, si bien qu’à la fin nous ne savons plus celles qui sont retenues ou non. Nous n’avons qu’une seule envie : récupérer un VSR (vérification de service régulier) complet et définitif”.

Et après avoir éliminé les zones de flou, l’idéal serait de pouvoir travailler en ordre… Effectivement, à peine le premier volet mis en place, les éditeurs de logiciel se sont vus “invités” à accélérer la mise en œuvre du troisième volet… avant celle du second ! “Il aurait sans aucun doute été plus cohérent et plus intelligent de digérer la première vague avant de se lancer dans de nouveaux chantiers, analyse Laurent Vanbergue. Et cela ne concerne pas que les éditeurs mais aussi tous les professionnels de santé qui éprouvent déjà des difficultés à s’approprier le sujet. Même les patients y auraient gagné car si l’ordonnance numérique ne bouleverse pas la gestion de leur santé, les innovations de l’application Carte Vitale ont de quoi leur simplifier la vie”.

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