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Faire reculer le cancer du poumon

Un nouveau programme pilote de dépistage précoce du cancer du poumon se déploie depuis le printemps. L’objectif est double : détecter la maladie à un stade précoce tout en promouvant l’arrêt du tabac. Les pharmaciens ont évidemment là un rôle à jouer.

Les statistiques sont sans appel. Malgré une incidence très légèrement en baisse, le cancer du poumon reste l’un des plus fréquents en France. Plus de 50 000 personnes en sont victimes chaque année. Les hommes demeurent les plus nombreux à être concernés mais l’incidence de ce cancer chez les femmes ne cesse de grandir : +4,3% par an. Une progression qui ne peut qu’inquiéter. Et ce n’est pas la seule donnée qui alarme.

Grande cause nationale

De fait, ce carcinome reste la première cause de mortalité par cancer en France. Les statistiques sont dures : en moyenne, seuls 20% des patients sont encore en vie cinq ans après le diagnostic.

Grande cause nationale, enjeu de santé publique, la lutte contre le cancer du poumon mobilise déjà depuis longtemps les professionnels de santé. Un effort louable mais qui peut encore très largement être renforcé au regard des enjeux. C’est à tout le moins l’opinion de l’Institut national du cancer qui a lancé un nouveau programme pilote de dépistage des cancers du poumon.

Impulsion, pour “Implémentation du dépistage du cancer pulmonaire en population”, cherche ainsi à généraliser la détection de la maladie à un stade plus précoce. Aujourd’hui, les diagnostics sont réalisés à des stades avancés dans 73% des cas. Un retard funeste car cela exige de mettre en place des traitements bien plus complexes. Si le cancer du poumon peut être guéri, cela est surtout vrai lorsqu’on le découvre tôt, avant que les symptômes n’apparaissent. Différentes études cliniques ont ainsi prouvé qu’un dépistage précoce réduit la mortalité de 20 à 25%.

Horizon 2030

Le programme “Impulsion” est entré en action au printemps dernier avec l’espoir de servir de modèle pour le déploiement à grande échelle du dépistage du cancer du poumon à l’horizon 2030. A cette fin, 20 000 participants seront recrutés au cours des deux années à venir. Ces volontaires doivent répondre à quelques critères. “Impulsion” recherche ainsi des personnes âgées de 50 à 74 ans, des fumeurs ou ex-fumeurs sevrés depuis moins de 15 ans.

Repérés et invités par des professionnels de santé à rejoindre le programme, les sujets se verront, dans un premier temps, conviés à une consultation de tabacologie avant d’être orientés vers un scanner thoracique à faible dose.

La suite dépend évidemment du résultat du scanner. S’il est négatif -c’est le cas pour 89 personnes sur 100- on souffle, sans pour autant crier victoire. Un tel résultat ne garantit évidemment pas qu’un cancer n’apparaisse pas à l’avenir. Les sujets prennent donc rendez-vous pour un nouveau scanner un an après le premier, puis tous les deux ans.

En cas de résultats indéterminés, le radiologue prescrit un nouveau scanner à un, trois ou six mois en fonction des premières constatations. Il pourra ainsi, à terme, observer la stabilité ou l’évolution des anomalies.

Enfin, si le scanner montre un résultat malheureusement positif, pneumologues et oncologues prennent le relais pour réaliser des examens plus approfondis. Il s’agit là de déterminer s’il s’agit réellement d’un cancer du poumon. L’Institut national du cancer précise ainsi qu’un résultat positif est constaté pour environ deux personnes sur cent. Mais toutes ces personnes ne sont pas atteintes d’un cancer du poumon pour autant. Sur ces deux personnes, une seule environ est effectivement touchée.

Lutte anti-tabagique

Quel que soit le résultat, chaque participant bénéficiera donc d’un suivi ainsi que de toute l’aide nécessaire pour juguler le mal à la source et arrêter de fumer. Responsable de près de 80% des cas diagnostiqués, le tabagisme doit être particulièrement combattu. Et dans cette lutte, les pharmaciens pourraient avoir un rôle moteur surtout s’ils gardent un chiffre en tête : lorsque l’on combine dépistage et arrêt du tabac, on réduit de 38% le risque de décès par cancer du poumon !

Les officinaux, de par leur proximité avec leurs patients, sont de ceux qui peuvent sensibiliser à l’arrêt du tabac mais aussi soutenir l’accompagnement des fumeurs. Un accompagnement dont la qualité estcruciale pour éviter les rechutes. Le pharmacien conseille des substituts nicotiniques, en adapte le dosage au plus juste. Il délivre également des conseils associés pour limiter les symptômes d’arrêt du tabac, des conseils hygiéno-diététiques et des recommandations utiles à un sevrage optimal.

La CERP accompagne les pharmaciens dans cette voie avec une formation dédiée d’une heure trente. “Il s’agit d’une formation de sensibilisation afin que les pharmaciens comprennent bien les mécanismes de l’addiction, qu’ils puissent faire le point sur les différents traitements liés au sevrage tabagique et être en mesure de proposer au comptoir les solutions de premier niveau pour accompagner les fumeurs dans l’arrêt du tabac”, explique Anne Basuyau, Responsable formation CERP Rouen Formation.

Deux dates sont d’ores et déjà programmées : les 19 octobre et 23 novembre. Ces deux dates vont permettre à CERP Rouen Formation “d’identifier l’intérêt des équipes officinales pour cette thématique. A terme, poursuit Anne Basuyau, nous aimerions proposer une formation plus approfondie afin que les pharmaciens soient prêts à relever ce nouveau défi quand il figurera officiellement comme l’une des nouvelles missions de l’officine”.

Se former pour mieux accompagner

D’autres formations proposées par CERP Rouen  Formation s’intéressent par ailleurs aux traitements contre le cancer. “Nous en proposons sous différents formats, précise Anne Basuyau. Cela se passe en visio avec un formateur qui anime la formation mais aussi en e-learning. En ce cas, les stagiaires se connectent à une plateforme et suivent leur formation de manière parfaitement autonome”. Deux formations sont particulièrement sollicitées par les pharmaciens et leurs équipes. La première se concentre sur les traitements pour les différents cancers dont celui du poumon. La seconde, qui peut s’avérer assez complémentaire, est axée sur l’accompagnement des patients et la gestion des effets indésirables. “Plus les équipes officinales connaissent ces effets, plus il leur est facile de les prendre en charge et d’aider à la meilleure observance des traitements possible, assure Anne Basuyau. Pharmaciens comme préparateurs, tous ont un énorme rôle à jouer en ce domaine”.